Conseils aux voyageurs

Faire du stop aux États-Unis

Pour tous ceux qui rêvent d’aventure et d’ailleurs, voici un petit guide pour bien réussir son road-trip au pays des Yankees. Sensations fortes guaranties !

L’Amérique… Terre de promesses et de liberté. Ce Nouveau Monde, plein de richesses et d’opportunités, nous tend les bras avec grande bienveillance. Nous sommes pleins d’entrain à l’idée de savoir ce que l’Amérique nous réserve. Elle a déjà vu passer tellement d’aventuriers et d’explorateurs, peut-elle encore nous surprendre ? 

Sans aucun doute, car l’autostop n’est pas juste un moyen de transport, c’est une véritable exploration de la société. Notamment aux États-Unis, où les américains passent la plupart de leur temps en voiture : petit cocon de confort dans lequel ils se sentent en sécurité et à l’abri des regards. Aussi, chaque portière s’ouvre sur le quotidien intime du conducteur. Chaque véhicule dans lequel nous grimpons est un monde en soi, le reflet d’un fragment de vie qui se veut caché : vieux journaux, habits sales, bouteilles de soda, déchets en tout genre… Ces grosses voitures d’apparence proprettes révèlent à l’intérieur les habitudes consommatrices de leurs locataires. On en apprend beaucoup sur le mode de vie des américains : « Dans ce pays, peu importe tes origines ou ta couleur de peau, si tu travailles dur tu peux réussir » (Josue, Antioch) ; « Ici tout est possible, c’est le pays des opportunités » (Marc, Forest) ; « Les armes, c’est notre liberté, si on nous enlève nos armes, on devient des esclaves » (Trac, Colorado Springs) ; « Je déteste Trump en tant que personne mais c’est le meilleur président qu’on ait jamais eu » (Eric, Monterey) ; « En tant que thérapeute, je gagne 15 000$ par mois, mais à San Francisco, c’est juste assez pour survivre… » (Bianca, Oakland). Autant de vérités qui sont parfois difficiles à entendre mais qui, misent bout à bout, offrent une image plus large et sans doute plus réelle de ce qu’est devenue l’Amérique aujourd’hui.

Il y a encore une cinquantaine d’année, le stop était largement répandu aux États-Unis, « dès qu’on levait le pouce, il y avait quelqu’un pour s’arrêter » (un conducteur dont je ne me souviens pas le nom). Mais avec l’influence grandissante des médias et leur fascination morbide (serial killers, meurtres, fusillades, terrorisme…) les américains comme les européens sont devenus de plus en plus individuels et préfèrent rester dans leur zone de confort plutôt que de venir en aide à un inconnu. Pratique pour les politiques qui ont bien compris ce vieil adage : « Diviser pour mieux régner »… Pour autant, le stop est toujours vivant grâce aux quelques courageux remplis de patience qui s’aventurent encore le pouce levé sur les stations services. L’autostoppeur stoppe ainsi la peur qui règne dans les autos, brisant la glace de l’individualisme et créant le lien entre les êtres humains ! Combien de fois avons-nous entendu : « D’habitude je ne prends pas les autostoppeurs, mais vous aviez l’air sympas », ou le très américain : « Vous n’allez pas me tuer n’est-ce pas ?? », une version plus passive du : « J’ai une arme dans la boite à gants, si tu fais un faux mouvement, j’hésiterais pas à te tirer une balle ! ». Malgré ces avertissements, un peu rustres parfois, les américains se montrent extrêmement serviables et généreux. Après avoir sillonné plusieurs milliers de kilomètres et traversé 16 États du territoire américain, on n’en revient pas du nombre de repas, d’hébergements et même de dollars qu’on nous a offert ! Au total on a économisé plus d’un mois et demi de voyage grâce à ces anges gardiens qui ont croisé notre route. En voici la preuve avec ce petit récapitulatif de notre voyage.

Durée du séjour : 89 jours
Kilomètres parcourures : 9100 km
Difficulté : Facile
Sécurité : Forte

Repas offerts : 48
Nuits offertes : 17
Argent offert : 425 $
Argent dépensé : 4€80/personne/jour

Bref, vous l’aurez compris, l’autostop aux États-Unis c’est une grande aventure qui mérite d’être vécue. Si ce petit résumé de voyage vous a donné l’envie de lever le pouce sur la route 66 en direction de Los Angeles, voilà quelques consignes qui pourraient vous être utiles pour bien réussir votre road-trip en toute sécurité aux pays des Yankees :

La loi

Il faut savoir qu’aux États-Unis, le stop est légal selon la loi fédérale (exception faite des autoroutes). Cependant quelques États, plus malins que les autres, l’ont quand même interdit : Nevada, New Jersey, New York, Pennsylvania, Utah et Wyoming. Il n’est pourtant pas impossible de faire du stop dans ces États-là, par contre il est probable qu’un policier s’arrête pour vous demander de quitter les lieux… Dans ce cas, respectez la règle et tentez votre chance ailleurs, car il est fort possible que le policier revienne pour vérifier qu’il n’y a pas eu de récidive, auquel cas une (grosse) amende vous sera donnée…

Le spot

C’est l’étape cruciale de l’autostop. Choisir son spot demande beaucoup de discernement mais un bon spot peut vous économiser des heures d’attentes ! Un tel spot doit présenter les caractéristiques suivantes :

  • Vous devez être en sécurité, ne vous placez pas sur la route (illégal) mais plutôt sur le trottoir, le bas-côté ou une place de stationnement.
  • Vous devez être visible de loin, préférez donc les lignes droites et évitez les virages.
  • On doit pouvoir se garer, placez-vous donc à 50m en amont d’un « pullout », « turnout » ou autre dispositif de stationnement. 

Les rampes d’accès aux autoroutes ou les échangeurs sont souvent de bons spots pour faire de longues distances. Évitez les centres-ville où il est très difficile de faire du stop, prenez plutôt les transports en communs pour sortir de la ville. Si vous avez une connexion internet, vous pouvez rechercher les meilleurs spots sur une carte ou encore sur le site : hitchwiki.org. Sinon, pensez à télécharger auparavant les cartes hors-lignes grâce aux applications comme MAPS.ME ou Maps.

Le panneau

Avoir un panneau permet aux automobilistes de connaître votre intention. Un panneau montre que vous faites volontairement du stop, que vous êtes organisé et que vous avez une destination. Cela rassure les gens qui ont peur de tomber sur un serial killer ou un évadé de prison. De plus, s’ils vont dans la même direction, ils se sentiront plus concernés par votre requête et seront donc plus enclins à s’arrêter. Le traditionnel panneau de stop est un bout de carton, trouvé dans une poubelle ou glané dans un commerce, sur lequel on écrit en lettres majuscules le nom de la destination. Vous pouvez l’agrémenter de petits dessins ou de différentes couleurs, mais veillez toujours à ce que celui-ci reste bien lisible. Lorsque vous faites de grandes distances (>200 miles, soit 320km) il est parfois judicieux d’écrire le nom des villes intermédiaires. 

Le style

Pour maximiser vos chances d’être pris en stop, soignez votre apparence et votre attitude :

  • Évitez les couleurs sombres ou alors ajoutez un détail coloré pour que l’on vous repère de loin (une écharpe bleue, un t-shirt jaune, etc.).
  • Sauf en cas d’extrême nécessité, ne portez pas d’accessoires qui pourraient masquer votre visage (chapeau, capuche, lunettes de soleil, cache-nez, etc.). 
  • Donnez des indices : si vous êtes un backpacker, mettez en avant votre sac à dos avec sa raincover colorée bien en évidence, ou encore accrochez le drapeau de votre pays sur votre sac à dos pour qu’on comprenne que vous êtes un gentil petit touriste.
  • Montrez-vous sous votre meilleur jour ! Tenez vous bien droit, sortez les mains de vos poches, souriez, aillez l’air confiant, regardez les automobiliste dans les yeux et faites leur un signe de la main pour engager le contact. Vous n’avez que quelques secondes pour donner la meilleure impression de vous-même.
L’approche

Une fois que le poisson mord à l’hameçon, ne perdez pas de temps, attrapez votre sac à dos et courez à la vitre du passager. Parlez avec enthousiasme et sympathie. Remerciez la personne de s’être arrêtée et demandez-lui où elle se rend. Profitez-en pour jauger si la personne est digne de confiance ou non. Faites confiance à votre instinct. Si vous ne le sentez pas, refusez cordialement et attendez pour une meilleure opportunité. Si vous le sentez mais que la personne ne se rend pas exactement à votre destination, demandez-lui plus de précisions : Est-ce que c’est sur la route ? A quelle distance ? Est-ce que la personne peut vous déposer dans un lieu propice au stop (une station-service, un truck stop, etc.) ? Si ces renseignements sont satisfaisants, alors vous pouvez grimpez, sinon remerciez la gentiment et reprenez le stop. Soyez patient et ne perdez pas espoir, on finit toujours par trouver, ce n’est qu’une question de temps…

Le trajet

Pendant le trajet gardez avec vous ou près de vous vos effets personnels, notamment les plus précieux (portefeuille, papiers d’identité, etc.) et n’oubliez pas d’attacher votre ceinture. Engagez la conversation avec sympathie et bienveillance, c’est la meilleure façon de remercier votre chauffeur. Si la conversation ne prend pas, ne forcez pas les choses, mais si elle prend, veillez toujours à conserver un climat sympathique et cordial, même si vous n’avez pas les mêmes opinions : il arrive parfois que le conducteur soit raciste, homophobe et anti-écolo ! Si c’est le cas, ne cherchez pas à avoir le dernier mot, restez ouvert en respectant ses opinions et orientez plutôt la conversation sur ce qui vous rapproche. Dans la plupart des cas, même avec les républicains les plus profonds, le voyage peut se transformer en une très belle rencontre empreinte d’entraide, de tolérance et d’amitié. Si vous avez de la chance, que vous vous montrez ouvert et sympathique il n’est pas exclu qu’on vous emmène au restaurant, qu’on vous propose un hébergement, ou le plus souvent qu’on vous donne un petit billet. Ne jouez pas la fausse modestie qui risquerait d’embarrasser les deux parties, acceptez avec gratitude, n’oubliez rien dans la voiture et repartez avec le sourire. 🙂

Pour aller plus loin

Les USA, c’est quand même 4500 km de l’océan Atlantique à l’océan Pacifique, et 2500 km du Nord au Sud. Autrement dit, c’est un gros morceau… Quand on s’attaque en stop au 4e pays le plus grand du monde, il faut s’attendre à avaler un certain nombre de kilomètres. Les trajets peuvent parfois durer plusieurs jours et demander un peu d’organisation. Voilà donc une section spéciale pour les aventuriers qui aiment relever les défis :

Freeways et Highways :

Les États-Unis sont parcourues de long en large par un vaste réseau d’autoroutes, dont la plupart sont gratuites. Les plus grandes sont les Freeways ou Interstates qui traversent le pays d’Est en Ouest et du Nord au Sud selon un maillage assez large. Elles sont parfaites pour parcourir de grandes distances et traverser plusieurs États. Ensuite viennent les Highways, qui forment un maillage plus fin, et qu’il vous faudra emprunter pour arriver à destination. 

Le camion stop : 

Faire du camion stop est un bon compromis lorsque l’on veut couvrir de longues distances, mais il est plus difficile de trouver la perle rare. Vous y passerez certainement plus de temps, mais vous aurez au moins l’assurance de faire beaucoup de route. Pour trouver un trucker (camionneur) qui vous emmène de l’autre côté du pays, vous pouvez vous rendre dans un truck stop, une sorte d’immense station-service avec tout ce dont les truckers ont besoin. Les meilleurs truck stops sont situés le long des Freeways. Attention cependant, car la plupart des truckers ont l’interdiction formelle de prendre des autostoppeurs avec eux pour des questions d’assurance… Il faut donc éviter les « company drivers », employés des entreprises, avec leurs beaux camions aux logos colorés comme Knight, FedEx, Walmart etc., mais plutôt chercher les « owner operators », qui possèdent leur propre compagnie et qui n’ont souvent qu’un seul camion avec une remorque blanche sans aucune marque distinctive. Allez leur parler quand ils font le plein et demandez-leur s’ils ont de la place pour aller dans la direction escomptée. 

Faire une lessive :

Si le poisson ne mord pas à l’hameçon, vous pouvez toujours faire une lessive dans un de ces truck stops, car une bonne apparence sera votre meilleur atout !  Aussi, il est important d’avoir des vêtements propres (ou qui paraissent propre). Une lessive vous coûtera environ 5 dollars, mais attendez-vous à en avoir au moins pour 1h30. Profitez de ce moment pour prendre une douche et vous montrer sous votre meilleur jour ! 

Prendre une douche :

Il s’agit de douches individuelles, qui sont nettoyées après chaque utilisation, et dans lesquelles vous trouverez des serviettes propres et un petit savon. Les truckers gagnent une douche à chaque fois qu’ils font le plein, et généralement, ils en reçoivent plus qu’ils n’en consomment… Vous pouvez donc demander à n’importe quel trucker s’il dispose d’une « spare shower » (douche supplémentaire) qu’il pourrait vous offrir, et profiter ainsi d’un petit confort en toute sérénité. 

Camper :

Quand on fait du stop sur plusieurs jours, s’impose la nécessité de trouver un abri. Un hamac fera le plus souvent l’affaire mais quand on traverse les déserts du Sud-Ouest des USA, ça devient compliqué de trouver des arbres… Aussi, une tente, même si elle est moins discrète, sera une option plus sûre. Si vous ne voulez pas risquer d’être coincé au milieu de nulle-part, ne vous éloignez pas trop des grands axes routiers et campez à proximité. Les truck stops, même s’ils sont bruyants et peu confortables, seront toujours des endroits sûrs pour planter la tente. Éloignez-vous des camions, dont le moteur tourne toute la nuit, et pensez à prendre des boules Quies. 

Si vous suivez ces quelques conseils, soyez-en sûr : votre road trip aux États-Unis sera une expérience inoubliable, chargée d’incroyables rencontres et de merveilleux souvenirs. Et si l’idée de parler anglais vous donne la chaire de poule, pas de problème : le stop marche aussi très bien en France ! Alors n’attendez plus, attrappez votre sac à dos et tendez le pouce au bord de la route. Bon voyage à tous !

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